Création et développement du parc national du Mont-Orford

lundi 15 février 2010

L’historique qui suit couvre la période 1938 - 1999. Le texte est une reproduction d’une partie d’un document de 228 pages déposé par le gouvernement du Québec dans le cadre des audiences du BAPE en 2004. Parc national du Mont-Orford, synthèse des connaissances, par Francine Lalande, 2001.

3. HISTORIQUE DE LA CRÉATION DU PARC

3.1 LE RÊVE D’UN HOMME

L’histoire du Parc du Mont-Orford, un parc dont on a souligné le 50e anniversaire en 1988 et qui compte en l’an 2 001, 61 ans d’existence, est marquée par le rêve d’un magogois, le docteur George Austin Bowen. Les efforts soutenus déployés par cet homme en ont fait un élément charnière dans les différentes étapes menant à la création du parc.

Amateur d’astronomie et d’horticulture, le docteur Bowen apparaît comme un homme très près de la nature. Il allie donc ses goûts personnels à ses préoccupations sociales et forme le projet de créer un parc national autour de la montagne qui surplombe sa ville d’adoption ; le mont Orford lui semble l’attraction par excellence pour attirer des visiteurs et développer l’industrie naissante du tourisme (Lavoie, 1989). Magog et sa région sont des stations de villégiature depuis la fin du dix-neuvième siècle. Mais Bowen croit qu’il est possible d’ajouter d’autres estivants aux Hugh Allan et aux Molson qui ont
choisi les bords du lac Memphrémagog pour y construire leurs résidences d’été. Il croit aussi qu’on devrait pouvoir faire venir d’autres villégiateurs de New York ou de Montréal pour quelques jours de vacances dans la région. Si seulement les Cantons-de-L’Est avaient une attraction exceptionnelle pour attirer encore plus de visiteurs !!

Durant les années 20, le docteur G.A. Bowen entrepris donc des démarches pour convaincre le gouvernement de l’époque d’investir dans ce projet. Les choses progressèrent lentement surtout en raison de la crise économique de 1929, période durant laquelle le gouvernement provincial se refusa toute nouvelle dépense. En juin 1931, les autorités provinciales font l’arpentage des lieux et le tracé d’une route donnant accès au sommet du Mont-Orford. Pour Bowen, cette étape représente un grand pas en avant puisqu’il considérait qu’il s’agissait là de la première attraction à aménager dans le parc (Lavoie, 1989).

Considérés comme de grandes réserves forestières au cours des années 20, les parcs deviennent une valeur économique dans la seconde moitié des années 30, à titre de réserve de chasse et pêche, des paradis pour les touristes. Cependant, le sous-ministre des Mines, de la Chasse et des Pêcheries de l’époque, L.-A. Richard, publie une brochure dans laquelle il rappelle que les parcs nationaux devraient être soustraits de façon
permanente à toute commercialisation et à toute industrialisation, et qu’ils constituent une sorte de musée en plein aire où la nature doit rester immuable (Doré, 1993).

Le docteur Bowen ne ménage pas ses efforts durant cette période. Monsieur L.A. Giroux, nouveau conseiller législatif de Wellington nommé en 1937, devient l’un des plus ardents défenseurs du projet du docteur Bowen. Il s’occupa activement des négociations auprès du ministre Gagnon et multiplia les démarches en faveur de la création du parc du Mont-Orford. C’est le 29 mars 1938 qu’un projet de loi est enfin présenté prévoyant l’établissement du parc national du Mont-Orford. En vertu de l’article 5 de la Loi, ce parc
sera un parc public et un lieu de délassement où toute colonisation et toute exploitation minière et forestière seront interdites. Il est donc créé dans l’esprit d’un véritable parc national et est appelé ainsi pour exprimer cette vocation : ce n’est pas un parc national au sens strict du mot (Lavoie, 1989).
Dans une entrevue radiophonique qu’il avait accordé à la station CHLT et qui n’a été diffusée aux auditeurs que le 30 septembre 1938 l’intention du docteur Bowen est manifeste : il faut créer un parc national au mont Orford, protégé par une législation spéciale qui aura une vocation de récréation et de délassement selon le modèle des parcs nationaux américains (Lavoie, 1989).

3.2 CRÉATION ET DÉVELOPPEMENT DU PARC

Le 8 avril 1938, une loi spéciale du gouvernement du Québec établit le parc national du Mont-Orford. La création officielle de ce parc vient couronner les effets du docteur Bowen et de tous ceux et celles qui ont cru au projet : il avait réussi à en faire le projet de toute une collectivité et aussi d’y intéresser les autorités politiques. Au total, près de 30 municipalités ont participé financièrement à l’achat des terrains nécessaires à l’établissement du parc qui couvre alors une superficie de 40 km2 et à ce qui allait devenir
un pôle d’attraction et d’intérêt majeur pour le développement de la région des Cantonsde-l’Est (Sodem, 1997). Toutefois, bien des étapes restent à franchir avant qu’il ne devienne réalité.

Dès l’automne 1938, l’aménagement du parc débute par la réalisation d’une route pouvant conduire le visiteur au sommet du mont Orford. Cependant, les travaux sont temporairement interrompus par le gouvernement : on s’explique mal ce revirement. Il semble que le gouvernement préférerait s’associer à des partenaires désireux d’investir dans le développement d’autres types d’activités tels le golf et le ski. Le 16 mars 1939, le
gouvernement adopte effectivement une modification à la loi pour permettre « la location de terrains pour l’aménagement et l’exploitation de jeux de golf, de tennis, de ski ou autres ainsi que la location des maisons de club, des restaurants, des chalets de repos ou autres édifices nécessaires » (Doré, 1993).

Ainsi, malgré les réticences du docteur Bowen qui souhaite le parachèvement de la route de la montagne avant toute chose, ce sont plutôt le terrain de golf et le centre de ski qui connaissent un développement important (Lavoie, 1989). Compte tenu du contexte économique difficile de la guerre, le gouvernement suspend ses travaux dans le parc du Mont-Orford. Ce sont donc les promoteurs locaux qui assurent le maintien des activités sportives (golf et ski) dans le parc au cours des années de guerre. Après les années
difficiles, d’autres promoteurs locaux se sont donnés comme objectif de faire du parc un lieu de récréation régional.

Les gouvernements des années 60 ont adopté une attitude qui reflétait leurs
préoccupations sociales et leurs objectifs d’accessibilité aux ressources de la nature et de protection de l’environnement. Le parc du Mont-Orford s’est alors transformé en lieu de récréation provincial (Doré, 1993) . Ainsi, au cours de ces années, les efforts conjugués du ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche (MLCP), du gouvernement du Canada, de la Compagnie de Gestion Orford (CGO) et de Jeunesses musicales du Canada
(JMC) permettent la consolidation et la mise en place de la majeure partie de
l’infrastructure actuelle (aménagement de nouvelles pentes de ski alpin, construction d’un télésiège et d’un chalet de ski, ajout d’un neuf trous au terrain de golf, construction d’une salle de concert, aménagement du terrain de camping et de la plage en bordure du lac Stukely, aménagement de sentiers de la nature et des pistes de ski de randonnée). Le parc du Mont-Orford se transforme en véritable lieu de récréation provincial en milieu naturel. À la même époque, au nord du lac Stukely, mais à l’extérieur des limites du parc, l’Archidiocèse de Sherbrooke assure le développement de Jouvence (Sodem, 1997).

Les années 1960 marquent aussi la signature de baux à long terme (30 ans) avec des partenaires privés (Sodem, 1997). Ainsi, en 1963, le ministère signe un bail accordant à la Compagnie de Gestion Orford, des droits exclusifs d’exploiter le golf ainsi que celui d’opérer le centre de ski alpin. En retour, cette compagnie s’engage à payer un loyer annuel et à investir 159 000$ avant le 1er juin 1970. Pour leur part, les Jeunesses musicales du Canada deviennent officiellement locataires, en 1964, de 222 acres pour une
période de 30 ans, moyennant la somme de 1 $. Au cours des années 1960, ils construisirent un pavillon regroupant cafétéria, salle à manger, bureaux de
l’administration et phonothèque. Ce Camp des jeunesses musicales du Canada devient officiellement le Centre d’Arts d’Orford JMC. Tout comme dans le cas de la Compagnie de Gestion Orford, une clause du bail stipule que tout projet d’aménagement est soumis à l’approbation du gouvernement. Quant au camp de Jouvence, une corporation autonome
est créée en 1970 pour en assurer le fonctionnement. Cette dernière bénéficie d’un bail de 30 ans avec l’Archevêché qui demeure propriétaire des lieux.

En 1971, un plan directeur préliminaire préparé par le ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche consacre la vocation récréative au parc du Mont-Orford (Sodem, 1997). En outre, il recommande l’agrandissement du parc, entre autres, pour assurer une meilleure protection de la richesse faunique et permettre l’accroissement de l’offre récréative, les équipements existants connaissant une certaine saturation. En 1975, le ministère acquiert des territoires à l’est et au nord du parc pour porter sa superficie à 57 km2 (Sodem, 1997). C’est ainsi que le MLCP s’entend avec l’Archevêché pour acquérir le territoire de Jouvence et négocie avec la corporation pour le transfert de son bail. En 1976, la transformation de Jouvence en base de plein air est complétée.

Du côté de la Compagnie de Gestion Orford, le plan de développement de 1975 prévoit des améliorations substantielles pour le golf et le ski alpin (Sodem, 1997). Dans ce dernier cas, il est prévu, entre autres, l’aménagement de nouvelles pistes, l’installation de nouvelles remontées mécaniques, l’agrandissement du chalet et même la construction d’un chalet au pied des pentes. À la même époque on assiste au déménagement et à la
reconstruction du pavillon « l’homme et la musique » d’Expo 67 au site du Centre d’Arts d’Orford JMC. De plus, en 1976, le Centre d’Arts Orford se dissocie des Jeunesses musicales du Canada.

En 1977, La Loi sur les parcs est sanctionnée. Selon les dispositions contenues dans cette loi, le gouvernement peut fixer de nouvelles limites aux parcs sujets à cette loi. En outre, ces parcs doivent nécessairement être classés comme parc de conservation ou de récréation, dans un délai de deux ans. Des consultations publiques sont prévues lors de modifications aux limites ou à la classification des parcs existants. Par ailleurs, la même année, un inventaire complet des ressources biophysiques du parc du Mont-Orford est amorcé.

Au printemps 1979, le ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche présente sa proposition de délimitation et de classification du parc du Mont-Orford (Sodem, 1997). Concrètement, cette proposition suggère que les équipements plus élaborés, tels les installations pour le ski alpin, le golf, le Centre d’Arts et la base de plein air Jouvence soient exclus des limites du futur parc en raison de la nature des aménagements qu’ils requièrent, et des objectifs différents qu’ils poursuivent. La proposition prévoit que le territoire exclu, sauf celui de la base de plein air Jouvence, soit reconverti en centre touristique. En outre, elle comporte un projet d’agrandissement du territoire du parc par l’acquisition de deux blocs de terrains particulièrement riches sur le plan naturel et récréatif compris dans les secteurs du mont Chauve et du lac Fraser.

Un plan de zonage du territoire accompagne la proposition (Sodem, 1997). Ce plan reconnaît quatre zones de récréation intensive (11% de la superficie totale), une zone de récréation extensive (67% du territoire) et cinq zones de préservation (22% du territoire du parc). Il a pour effet de concentrer les aménagements récréatifs en bordure des lacs Stukely et Fraser et les équipements d’accueil au sud de l’étang aux Cerises. La récréation extensive se concentre sur une partie du mont Orford et sur le massif du mont Chauve. Pour leur part, les vallées de la rivière aux Cerises et de l’étang de la Cuvette,
ainsi que les habitats du castor et du héron situés au nord du parc sont voués à la conservation.

Par ailleurs la proposition du MLCP vise à consacrer la vocation originale du territoire du parc du Mont-Orford, soit celle d’un parc de récréation au sens de la Loi sur les parcs (parc de récréation : parc dont l’objectif prioritaire est de favoriser la pratique d’une variété d’activités récréatives de plein air tout en protégeant l’environnement naturel). Cette classification se situe dans la suite logique des principes qui prévalurent au moment de la création du parc à savoir :

  • Offrir à tous les québécois la possibilité de se récréer en pleine nature ;
  • Assurer la pérennité des ressources naturelles ;
  • Promouvoir le développement économique de la région.

Au printemps 1979, les citoyens et les organismes intéressés sont invités à donner leur avis sur cette proposition (Sodem, 1997). Une majorité d’intervenants aux audiences appuient la classification de récréation. Il en est de même de la proposition projetant l’agrandissement du parc. Toutefois, l’exclusion des installations récréatives majeures de territoire du parc ne rencontre pas l’assentiment des intervenants. Globalement, ces derniers étaient contre l’idée d’exclure des limites du futur parc la zone de Jouvence
appelée « Centre touristique ».

En octobre 1979, le parc du Mont-Orford devient officiellement un parc de récréation en milieu naturel protégé au sens de la Loi sur les parcs (Sodem, 1997). L’idée d’un centre touristique est abandonnée et les équipements de récréation intensive demeurent dans les limites du parc ; il en est de même pour la base de plein air Jouvence. Il est également prévu que l’État québécois acquière des terrains dans les secteurs du mont Chauve et du
lac Fraser. Le gouvernement se dit aussi « ouvert » à une croissance des activités de ski alpin sur le versant ouest du mont Orford, protégeant ainsi le haut potentiel écologique du versant nord.

Dans la foulée des audiences publiques, la décennie des années 1980 verra la réalisation de plusieurs projets. Ainsi, le gouvernement acquiert les terrains au pied du mont Chauve et au lac Fraser au cours de cette période. Le territoire du parc atteint alors sa superficie actuelle, soit 58,37 km2 . On passe à une première phase d’aménagement par le développement du réseau des pistes de ski de randonnée et la construction d’un chalet d’accueil en bordure de l’étang aux Cerises. L’aménagement du secteur du lac Fraser est aussi amorcé au début des années 1980 (plage, aires de pique-nique). Le MLCP procède également à la consolidation des équipements déjà en place. Ces différentes interventions se font en étroite collaboration avec les partenaires du ministère (Compagnie de Gestion Orford, Base de plein aire Jouvence, Centre d’Arts Orford) qui procèdent, eux aussi, à l’amélioration des espaces et équipements sous leur responsabilité.

C’est ainsi qu’au début des années 1980, on assiste à la construction d’une auberge à Jouvence (Sodem, 1997). Dans les années 1985-88, la Compagnie de Gestion Orford, procède à d’importants travaux de développement du domaine skiable. Au Centre d’Arts, certains bâtiments sont remis en état et un édifice multifonctionnel réservé à la formation est érigé au cours de cette période.

Au début des années 1990, une première phase d’aménagement d’un camping en bordure du lac Fraser est effectuée (Sodem, 1997). Au chapitre des sentiers de randonnée, le développement du sentier des Crêtes donnant accès au mont Alfred DesRochers et au mont Orford et la consolidation de ceux donnant accès au mont Chauve sont effectués.

Enfin, au cours des dernières années, des efforts ont été consacrés pour assurer le développement des sentiers multifonctionnels sur le côté ouest de l’étang aux Cerises ainsi que la consolidation des équipements.

Depuis le 1er avril 1999, la Société des établissements de plein air du Québec s’est vu confier le mandat de gérer les activités et les services offerts dans les parcs du Québec dans le respect de leur mission fondamentale (voir section 1.3 de la présente synthèse).

Voir en ligne : BAPE Mont-Orford 2004

titre documents joints

Synthèse des connaissances

15 février 2010
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1.5 Mo

PARC NATIONAL DU MONT-ORFORD
SYNTHÈSE DES CONNAISSANCES
Francine Lalande 2001


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