De gestionnaire de la station touristique du Mont-Orford...

Gestion Soroma

À gestionnaire de la station touristique du Mont-Orford ?
mardi 1er juin 2010 par Hubert Simard

Gestion Soroma Ltée est une entreprise de conseillers en gestion de Montréal en opération depuis 1982. Une filiale, Gestion Soroma (Mont-Orford Inc.) a été créée en 2008 pour gérer les entités Mont-Orford, Club Mont-Orford et Club de golf Mont-Orford. Le mandat de gestion de la station de ski et du club de golf lui a été confié par la SÉPAQ, le mandataire du gouvernement du Québec pour la gestion du parc national du Mont-Orford.

Le mandat fait suite à une période de tensions entre l’opérateur de la station de ski André L’Espérance et le gouvernement du Québec, qui a mis fin au contrat le liant à ce dernier. Le mandat de Gestion Soroma prendra fin avec la vente des installations ou la fermeture de la station de ski dans le cadre prévu par la Loi 90 adoptée le 25 mai 2010.

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Brigitte Marchand
Photo : Roger Laroche (2007)

La direction des opérations de la station touristique a été assumée par Mme Brigitte Marchand. Elle a été connue en tant que directrice générale de la station de ski Montjoye depuis 1998 au moment où celle-ci était la propriété d’une régie intermunicipale de la région. Elle est également présidente de l’Association des stations de ski du Québec depuis 2005 selon le dernier rapport disponible (2007-2008).

En 2005, elle présidait le comité touristique du CLD de la MRC de Memphrémagog. À ce titre, elle avait signé une lettre d’appui en faveur d’un échange de terrains du parc national du Mont-Orford avec Mont-Orford Inc. en vue d’un développement immobilier. C’était dans le cadre des audiences du BAPE sur ce sujet.

Ce mandat, sous la direction de Mme Marchand, a augmenté le niveau de satisfaction de la clientèle et il ne laisse aucune trace de conflits. Les déficits d’exploitation étaient pris en charge par le gouvernement et, selon la ministre Line Beauchamp [1], un des objectifs était de préparer l’avenir « notamment en fidélisant la clientèle du centre de ski et du terrain de golf ». Manifestement, le mandat ne visait pas à rationaliser les coûts d’exploitation en vue d’atteindre un déficit zéro. Dans ce contexte, les autres stations de ski de la région, opérées par des propriétaires privés, ont crié à la concurrence déloyale.

Dans un communiqué publié le 25 mars, Brigitte Marchand précise les intentions de Gestion Soroma (Mont-Orford) Inc. dans le cadre de l’appel d’offres. « Bien que Gestion Soroma (Mont-Orford) Inc. ne soit pas dans les rangs pour faire l’acquisition de la station de ski et du club de golf, nous sommes intéressés à nous associer au prochain acquéreur pour la gérance des installations. Gestion Soroma (Mont Orford) Inc. veut faire partie de la suite des choses. »

L’appel d’offres

La conclusion de l’appel d’offres reposera exclusivement sur une évaluation qualitative, une fois que les soumissionnaires auront rempli la condition de base de la caution de 4 millions de $ pour garantir l’opération pendant 5 ans des installations.

L’évaluation porte sur quatre critères de qualité.

La qualité du projet (Poids du critère : 30 %)

Tout soumissionnaire sérieux devrait pouvoir rédiger une vision de mise en valeur des installations suffisamment convaincante pour se mériter la note de passage (70 %).

La qualité du plan de financement (Poids du critère : 35 %)

Les entreprises ou les personnes capables de faire la démonstration d’un historique financier avantageux complété par des projections convaincantes sont privilégiées. Ils doivent également prévoir les investissements dans l’entretien et le renouvellement des actifs aussi bien que l’achalandage et les tarifs. Si des partenaires financiers doivent être impliqués, ils doivent fournir des engagements formels.

Expérience et pertinence de l’équipe de gestion (Poids du critère : 25 %)

Ce critère avantage les entreprises gestionnaires d’équipements récréotouristiques qui ont l’expérience de la gestion d’un équipement comparable à celui du Mont-Orford. C’est éliminatoire pour la Coopérative et pour Vertendre et cela favorise des intervenants tels que Ski Bromont et l’ancien gestionnaire de Ski Mont-Orford, André L’Espérance.

Par contre, tout promoteur qui s’adjoindrait les services de Gestion Soroma serait assuré de remporter le plus haut pointage au niveau de ce critère.

Expérience de gestion du soumissionnaire (Poids du critère : 10 %)

Ce critère s’apparente au précédent. Non seulement on doit présenter une équipe de gestionnaires expérimentés mais, le soumissionnaire doit également faire la démonstration de son expérience dans la gestion d’un équipement récréotouristique. Cette expérience doit être récente (moins de cinq ans). Encore là, les intervenants qui sont actuellement sur le marché sont favorisés et Gestion Soroma peut apporter le plus haut pointage à tout soumissionnaire.

Par ailleurs, la connaissance détaillée des coûts d’exploitation, des services et de la clientèle est un avantage déterminant dans la rédaction d’un projet de qualité et d’un plan de financement crédible.

En somme, tout soumissionaire disposant de ressources financières substantielles qui s’adjoint les services de Gestion Soroma part avec une avance insurmontable, à moins qu’un concurrent ne présente une offre d’une qualité exceptionnelle. Brigitte Marchand possède non seulement la connaissance la plus exhaustive de la gestion des installations, elle possède également un vaste réseau de relations avec le milieu politique, le milieu des affaires de la région et les gestionnaires du parc.

Non seulement Gestion Soroma est la ressource la plus qualifiée pour la gestion de la station touristique, mais elle aussi intégrée à un conglomérat d’entreprises spécialisées dans la planification du territoire et dans le développement d’équipements récréotouristiques. Ce sont ces mêmes entreprises qui ont préparé le terrain pour le développement immobilier sur le territoire du parc national du Mont-Orford.

En fait, Gestion Soroma est un filiale de Sodem qui a été achetée par DAA, elle même vendue au Groupe IBI. Ce regroupement constitue le plus important réseau de spécialistes en planification du territoire et en développement récréotouristique au Canada. Il est actif à Whistler, au Mt-Tremblant et en de multiples points sur la planète.

Ce réseau a été mis à contribution, d’une manière ou d’une autre, dans la réalisation des mandats suivants :

  • SODEM (Gestion Soroma), années 90. Gestion du camping et du ski de fond, plan de mise en valeur du parc national du Mont-Orford
  • DAA, 2000. Mandat d’Intermont qui devient Mont-Orford Inc. Plan de mise en valeur avec condos dans le parc
  • DAA, 2004. Mandat de la MRC de Memphrémagog pour la révision de son schéma d’aménagement. En même temps, participation à l’audience du BAPE sur l’exclusion de 85 hectares du parc pour la construction des condos de Mont-Orford Inc.
  • DBSF, 2004 (achetée par DAA en 2005). Mandat pour le plan d’aménagement d’ensemble du Canton d’Orford sur les condos au pied du Mont-Orford
  • Groupe IBI 2006, achat de DAA. Adoption de la loi 23 avec la soustraction des terres du parc qui permet la réalisation du projet conçu par DAA – DBSF
  • SODEM (Gestion Soroma), 2007. Mandat de gestion des installations de la station de ski et du terrain de golf.

Dans la région, la firme DAA a également été impliquée dans le dossier de la Route des Cantons, dans le plan quinquennal de développement 2007-2012 de la région de l’Estrie et en avril 2010, elle a reçu un mandat de 79 500 $ du CLD de Memphrémagog pour le plan directeur et le plan d’aménagement des installations de l’usine CSBS de Magog.

En mai 2006, le journaliste André Noël de La Presse publiait un article sous le titre MONT ORFORD, Les rôles multiples d’une firme d’urbanistes créent un malaise [2]. Il rapportait le malaise créé par le fait que ce soit la même firme, DAA qui conseille le promoteur André L’Espérance pour son projet de condos à l’intérieur du parc et la MRC pour les modifications au schéma d’aménagement sur ce même sujet.

Un avantage illégitime ?

Est-ce que le Groupe Soroma est dans une position pour faire bénéficier le soumissionnaire de son choix d’un avantage illégitime ?

L’article 1.5.2 de l’appel d’offres spécifie que :

« Ne peut être partie prenante à la présente soumission, toute ressource qui, au cours des deux années qui précèdent le dépôt de la soumission, a été à l’emploi du Ministère, et :

  • a occupé des fonctions susceptibles d’interagir avec le présent appel d’offres ou de susciter une situation de conflit d’intérêts ; ou
  • a participé directement ou indirectement à l’élaboration du devis faisant l’objet du présent appel d’offres. »

Une demande de clarification de la situation de Gestion Soroma au représentant de la ministre, M. Léopold Gaudreau, a été référée au service de presse du MDDEP. La réponse a consisté à renvoyer une copie de l’article 1.5.2.

Une discussion avec Mme Marchand a permis de préciser qu’elle n’avait pas travaillé à l’élaboration de l’appel d’offres et qu’elle ne croyait pas être concernée par l’article 1.5.2.

Des avocats auraient possiblement un point de vue différent. Il demeure qu’il est troublant que Gestion Soroma puisse, à toutes fins pratiques, déterminer le soumissionnaire gagnant. Son expertise des installations de la station touristique du Mont-Orford a été financée par les mêmes fonds publics qui ont payé le déficit d’exploitation des installations, une situation décriée par les stations de ski privées de la région.

Le choix de Gestion Soroma : Le Vertendre

La Coopérative de solidarité du Mont-Orford fait état de ses démarches auprès de Brigitte Marchand et de Gestion Soroma avec l’objectif d’obtenir une entente de gestion des installations dans le contexte de l’appel d’offres. La coopérative ne dispose d’aucune expérience de gestion. Ce projet d’alliance est la seule façon pour la coopérative de se qualifier dans l’appel d’offres sur les critères qui font appel à l’expérience du soumissionnaire.

Une première rencontre, en mars 2010, avec Brigitte Marchand et avec Vincent Renaud, président de SODEM, dont Gestion Soroma est une filiale, se termine par un constat positif d’ouverture à une collaboration avec la Coopérative.

Le 16 avril 2010, les perspectives se brouillent. Une rencontre a lieu à Montréal. Gestion Soroma réaffirme son ouverture et offre de participer à la rédaction de la soumission à l’appel d’offres. Fait surprenant, Gestion Soroma annonce qu’elle a une entente d’exclusivité avec Le Vertendre mais que cette entreprise veut établir un partenariat avec la coopérative. C’est d’autant plus étonnant qu’une semaine plus tôt, le 10 avril, Alain Chagnon, président de Le Vertendre, avait annoncé que l’entreprise ne faisait plus partie des soumissionnaires potentiels. Il avait alors exprimé son intérêt pour les propositions de partenariat régional.

Le 26 avril, une conférence téléphonique (Gestion Soroma, Le Vertendre, Coopérative de solidarité du Mont-Orford) clarifie la vision du propriétaire de Le Vertendre. Le compte-rendu est de la coopérative.

« Au préalable nous leur avons fait parvenir un document leur expliquant clairement que la strucutre coopérative leur permet, en étant membre, de participer à la gestion. C’est la forme de partenariat qui est la plus logique pour la coop. Mais la discussion nous a vite fait comprendre que ce que souhaitait Vertendre c’était de constituer une OBNL où la coop serait un membre, Soroma un deuxième (ce que Soroma a démenti par la suite. Ils veulent seulement être gestionnaire et non parteraire) et Vertendre, le troisième joueur. Mais Vertendre ne veut pas investir et ne veut pas prendre le risque de la gestion de la montagne. Ils veulent le pouvoir sans l’investissement et le risque ! Évidemment la coop refuse net. »

Pourquoi une entente d’exclusivité entre Gestion Soroma et Le Vertendre ?

Le Vertendre n’est pas intéressé à investir dans la station de ski même si son projet de développement immobilier est dépendant des services de la station touristique. Tout indique que l’opération ne peut pas être profitable. De toute manière, on ne dispose d’aucune information à l’effet que Le Vertendre est en position pour investir des fonds substantiels dans un avenir prévisible.

Le conglomérat Gestion Soroma (Mont-Orford), SODEM, DAA, Groupe IBI est très fortement axé sur le développement d’infrastructures et de projets immobiliers et, accessoirement, sur la gestion d’infrastructures.

Au lieu de se concentrer sur les moyens de stabiliser à court terme les opérations de la station touristique, les instances régionales, par la voix du CLD, ont adopté une vision axée sur le développement immobilier et la construction d’infrastructures de systèmes de transport des personnes pour faire le lien entre les projets de développements immobiliers et la station de ski.

On peut se questionner sur l’influence des intérêts immobiliers et de leurs consultants dans l’évolution de ce dossier.

En perspective

Le dossier du Mont-Orford est au coeur d’enjeux politiques soumis à une diversité d’influences. Les élus ont la responsabilité de déterminer la voie qui répond le mieux à l’intérêt public.

Idéalement, la station touristique serait profitable et un grand nombre d’entreprises privées se disputeraient le privilège de gérer ces installations. Les interventions des instances publiques se limiteraient alors à l’encadrement réglementaire.

Ce n’est pas le cas.

Vraisemblablement, aucune soumission conforme à l’appel d’offre ne sera déposée le 9 juillet prochain.

Les élus de la région seront devant l’option d’exercer le droit de dernier refus que leur a accordé le gouvernement.

Vraisemblablement, ils improviseront une solution à court terme pour éviter la fermeture définitive de la station de ski.

Vraisemblablement, Gestion Soroma sera disponible pour assurer la continuité de l’exploitation de la station touristique.

Est-ce dans l’intérêt public ou non ? C’est déplorable que la région ne se soit pas mobilisée autour d’une solution consensuelle qui aurait permis de regrouper tous les intéressés à l’intérieur d’un cadre coopératif et de planifier le redressement financier et la relance.

C’est une chance de pouvoir disposer d’une ressource comme celle de Brigitte Marchand, qui pourra assurer la continuité de l’exploitation de la station de ski. Mais, il y a un prix à payer. Le recours à la sous-traitance pour la gestion et l’improvisation contribuent au déficit d’exploitation.

[1Journal des débats, Assemblée nationale, Étude du projet de Loi 90, 2010-05-25

[2La Presse, Actualités, vendredi, 5 mai 2006, p. A5. MONT ORFORD, Les rôles multiples d’une firme d’urbanistes créent un malaise.
Noël, André


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