La CCIMO et la SDC au cœur de la mêlée sur l’avenir du Mont-Orford

mardi 8 décembre 2009 par Hubert Simard

La Chambre de commerce et d’industrie Magog-Orford (CCIMO) et la Société de développement commercial (SDC) centre-ville Magog sont-elles au-dessus ou au cœur de la mêlée dans le dossier du Mont-Orford ? Le communiqué exprime la volonté des deux organismes de « s’élever au-dessus du débat d’opinions et de travailler à l’élaboration d’une vision de développement régional. » Malheureusement, l’image que voudraient projeter la CCIMO et la SDC ne correspond pas à la réalité. Ces deux organismes sont au cœur du débat d’opinions depuis le début de la saga Orford.

Évoquant les changements aux niveaux politiques municipal et régional les organismes reviennent à leurs positions traditionnelles résumées par Jérémy Parent : « On rêve à un projet sans restrictions ». Ils rejettent donc les paramètres retenus par la MRC Memphrémagog qui avait le mandat de la ministre Beauchamp de déterminer le consensus social de la région. Le nouveau préfet de la MRC, M. Marinovitch (audio) a pourtant réitéré la position de la MRC : non au développement immobilier sur le site et oui à la réintégration des terres dès que la relance du centre de ski sera assurée.

Audio Position de la MRC de Memphrémagog sur le dossier du Mont-Orford. Gérard Marinovich, préfet de la MRC

Des organismes de défense des intérêts de leurs membres

La CCIMO et la SDC sont des organismes dont la mission est de défendre le développement économique de leur territoire et… les intérêts de leurs membres. Le promoteur Vertendre, qui a déposé un plan d’affaires au bureau de la ministre Beauchamp, annonce ses couleurs en page d’accueil de la CCIMO. On ne se surprendra pas que la CCIMO soit plutôt froide à l’égard de la Coopérative de solidarité du Mont-Orford, ni que Jérémy Parent (audio), de la SDC, réfère à des projets confidentiels.

Audio Jérémy Parent, Société de développement commercial (SDC) centre-ville Magog

En fait, pour égaliser ses chances, la Coopérative devrait devenir membre de la Chambre de commerce. Celle-ci s’engage à un service équitable, à la transparence et à l’intégrité envers ses membres et ses partenaires. Si la Chambre de commerce défendait avec autant de vigueur les options Vertendre et Coopérative de solidarité du Mont-Orford, l’image d’un organisme qui vise à rester au-dessus de la mêlée gagnerait certainement en crédibilité.

Les élus, dont c’est le mandat de se placer au dessus de la mêlée, seraient mieux informés et pourraient faire des choix éclairés.

Une constante, le grignotage du Parc national du Mont-Orford

Là où les organismes de promotion du développement économique ont le plus de difficulté à émerger au-dessus de la mêlée, c’est dans leur vision de la place du Parc national du Mont-Orford dans le développement économique de la région. Ils sont le fer de lance d’une vision d’exploitation commerciale de ce parc de conservation. Depuis des années, ils valorisent le concept de centre récréotouristique dont le plan intègre le Centre de ski du Mont-Orford, le Centre d’Arts d’Orford, le golf, le Centre de villégiature Jouvence, le terrain de camping et autres projets… à l’intérieur des limites du parc.

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CCIMO Loi 23

La Chambre de commerce a motivé et soutenu la loi 23 qui a distrait 459 hectares du Parc national du Mont-Orford pour l’exploitation d’un complexe d’hébergement et de commerces au pied des pentes du Mont-Orford. Les opposants font valoir qu’il est possible à la fois de valoriser la conservation à l’intérieur du parc et le développement économique à l’extérieur du parc. Tout le monde convient que la richesse du milieu naturel de la région est une grande source de valeur qui rejaillit sur l’ensemble de la région. Est-ce que les organismes de développement économique vont un jour s’associer à une vision de conservation de cette valeur qui impose des limites à sa consommation ?

Les clients de la région Magog-Orford ont tort ?

Manifestation MontréalLes organismes se plaignent que la région a mauvaise presse. La Chambre de commerce ne devrait-elle pas se préoccuper de l’opinion de la clientèle de la région ? De nos jours, les entreprises investissent des millions pour connaître l’état d’esprit de leur clientèle. Dans le cours de marketing 101, on apprend qu’il en coûte beaucoup plus cher de gagner un nouveau client que de conserver un client. On sait pertinemment que lorsqu’un client exprime son insatisfaction, il y en a beaucoup qui pensent la même chose et qui votent avec leurs pieds. Des milliers de personnes se sont exprimées contre la vente de terrains du Parc national du Mont-Orford. Il y a eu des manifestations à Orford et 12 000 personnes ont marché dans les rues de Montréal à l’occasion du Jour de la Terre en 2006 pour s’exprimer contre la vente de terrain. C’est un record au Canada pour une manifestation sur un tel enjeu. Les sondages réalisés pour SOS Parc Orford par Léger-Marketing démontrent que l’opinion à l’échelle du Québec est favorable à 75 % à la réintégration des terres à l’intérieur du parc. Est-ce qu’à Magog-Orford le client a tort ?

L’image de marque la plus valorisée de la région

Examinons un autre angle. Quelle est l’image de marque qui a le plus de valeur aux yeux de la population québécoise ? Parions que le Parc national du Mont-Orford arrive en tête de liste devant le Centre de ski du Mont-Orford et même devant Magog-Orford. Alors, pourquoi référer au « parc de conservation » avec un petit « p » au lieu de soutenir au maximum l’image du Parc national du Mont-Orford valorisée par la population ?

Un projet de développement durable ?

L’environnement se dégrade rapidement et les environnements de qualité prennent d’autant plus de valeur qu’ils sont de plus en plus rares et qu’ils sont irremplaçables. Dans son mémoire sur la loi 23, sous un chapitre « Développement durable : un incontournable en tourisme », la CCIMO souligne que « La demande touristique de demain sera progressiste, expérimentée, soucieuse de l’environnement et mobile ».
En se référant à une étiquette développement durable pour justifier un développement immobilier sur des terres soustraites d’un parc national les organismes de développement économique risquent de se faire accoler celle de « greenwashing » ou blanchiment vert selon la traduction évocatrice de l’Office de la langue française. Une des règles de base des normes LEED (Leadership in Energy and Environmental Design) pour la construction verte est d’éviter de localiser le développement dans un milieu fragile. Le marketing vert d’un tel projet ferait vraisemblablement l’objet d’une dénonciation.

On fait valoir que le retrait des 459 hectares est accompagné d’un engagement gouvernemental de doubler la superficie du Parc national du Mont-Orford qui passerait de plus de 58,37 km carrés à au-delà de 100 kilomètres carrés. Il demeure, toujours dans une logique commerciale, que la relance du centre de ski par le développement immobilier est loin d’être garantie. Le centre de ski deviendrait un accessoire et sa pérennité serait dépendante d’un développement immobilier continu. C’est pour cette raison que le maire Poulin a retiré son appui au projet de développement immobilier en 2007. À la question qu’arrivera-t-il lorsque le projet immobilier sera terminé, le promoteur L’Espérance lui a répondu candidement qu’il en faudrait un nouveau.

Les pressions de développement sur les parcs sont chose courante et c’est pour cette raison qu’ils sont, en principe, protégés par les lois.
Une fois les exploitations récréotouristiques installées, le grignotage de l’espace de conservation se poursuit périodiquement. On en revient donc à la question de base : la vision de développement régional. Pour retrouver une bonne presse et, surtout, la confiance de la clientèle, la région devra cultiver, en tête de liste, l’image de marque du Parc national du Mont-Orford, avec un « P » majuscule et valoriser la conservation du parc. Dans ce contexte, le consensus exprimé par le dernier conseil de la MRC et repris par le maire Marinovitch au moment de son élection comme nouveau préfet demeure d’actualité. La relance de la station de ski accompagnée de développement immobilier à l’extérieur des limites traditionnelles du parc et avec la réintégration des 459 hectares soustraits du parc font l’objet d’un vaste consensus.

Pour le moment, la CCIMO et la SDC s’engagent dans la voie de la désolidarisation avec le consensus exprimé par la MRC. En refusant ce consensus et en prétendant se positionner au-dessus de la mêlée, ces organismes de promotion du développement économique démontrent leur incapacité à intégrer les valeurs de la clientèle de la région. Ce n’est pas un facteur de succès.

Un nouveau parc national avec des retombées économiques de 30 millions de dollars

Ce jeudi 3 décembre 2009, on célèbre la création du nouveau Parc national du Lac-Témiscouata d’une superficie de 175 kilomètres carrés, le deuxième plus grand parc québécois au sud du fleuve Saint-Laurent, après celui de la Gaspésie. On se réjouit de ce projet de 30 millions de dollars dont les retombées économiques annuelles sont évaluées également à 30 millions de dollars avec 160 000 visiteurs. La région a travaillé très fort pour assurer une affectation conservation à une partie substantielle de son territoire. Son image se porte très bien et les retombées économiques sont stimulantes.

Cette chronique est publiée dans le Reflet-du-Lac en ligne


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