Les 120 jours du plan « B »

Mont-Orford, les défis de la MRC de Memphrémagog

Jour 106
jeudi 14 octobre 2010 par Hubert Simard

Depuis les débuts de la station touristique, la région Magog-Orford a tout fait pour maintenir sa dépendance à l’égard du financement gouvernemental. Sa priorité était de recueillir les retombées économiques.

C’était de bonne guerre, mais ce n’était pas visionnaire.

Avec la menace de démantèlement inscrite dans la Loi 90 la région fait maintenant face à une situation catastrophique du type Titanic. Heureusement, elle dispose de 120 jours pour remettre le navire à flot. Faute de quoi, le démantèlement sera mis en marche.

Passer du rôle de passager à celui de capitaine en situation de naufrage nécessite des compétences et une capacité à relever des défis.

La MRC de Memphrémagog tiendra sa première assemblée publique depuis l’annonce du rejet de la seule soumission à l’appel d’offres le mercredi 20 octobre

Le défi du changement d’attitude

C’est fini. La recherche de « sauveurs » de la station touristique du Mont-Orford avec des millions à investir dans des équipements lourds : hôtels, condos, casino, glissades d’eau, gondoles, monorails... se termine en cul de sac. Le modèle de développement récréotouristique des 20 dernières années s’est effondré avec la dernière crise financière. Sur le marché américain les condos se vendent à 40% en dessous du prix des dernières années. Ils ne financent plus les équipements. Ce n’est pas la faute de SOS Parc Orford. C’est la faute de la surenchère du crédit facile qui a gonflé une bulle immobilière. La bulle s’est dégonflée et, avec elle, nos épargnes collectives et privées. La prochaine bulle se gonfle en Chine. C’est là que le Club Méditerranée investit, pas sur les terrains de Vertendre à Eastman.

La solution est du côté de la prise en charge par le milieu. Collectivement, au niveau local, on investit des millions dans des arénas, dans des gymnases et dans des piscines intérieures. Pourquoi se priver d’une activité de sport de plein air qui, de plus, joue un rôle stratégique dans l’économie locale ? Déjà plus de la moitié des stations de ski du Québec sont gérées par des organismes à caractère communautaire tels que des coopératives, des OSBL, des régies inter-municipales, des municipalités. C’est le message que le président de l’Association des stations de ski (ASSQ) a cherché à transmettre à la région et qu’on a choisi d’ignorer.

Le journaliste Roger Laroche, éditeur du Carnet du ski, met en évidence la prise en charge récente du Mont Avalanche par la municipalité de Saint-Adolphe d’Howard comme un actif au service des citoyens. Son commentaire envoie un message fort aux élus de la région.

« L’exemple récent de Saint-Adolphe d’Howard n’est pas sans faire un pied de nez à la municipalité du Canton d’Hatley qui n’a pas eu le même courage dans le dossier de la fermeture de Montjoye. Reste à voir si, dans le dossier d’Orford, les politiciens de la MRC Memphrémagog auront la même volonté de prendre une décision non pas sur une base économique mais fondée sur un équipement régional comme tant d’autres. »

À la décharge de la municipalité du Canton d’Hatley, l’essentiel de la clientèle de la station de ski Montjoye provenait de Sherbrooke et les municipalités de la région avaient déjà pris en charge la gestion de l’équipement dans un cadre de régie intermunicipale. Les municipalités se sont désistées après quelques années. La formule de la régie intermunicipale se prête peut-être mieux à la gestion des déchets qu’à celle de commerces de services de ski soumis à la concurrence.

Il demeure que d’autres régions ont trouvé des solutions qui permettent d’assurer la pérennité de leurs installations. Il reste à voir si les élus de la région ont ce leadership.

Le défi de l’entente régionale

L’enjeu divisif de la réintégration des terres du Mont-Orford à l’intérieur du parc national étant réglé, il est maintenant possible de rassembler les forces vives pour soutenir la relance de la station touristique dans une perspective de développement durable.

La tâche n’est pas facile. Les confrontations des dernières années ont été pénibles. La clientèle des skieurs s’est divisée entre ceux qui s’opposaient au développement immobilier à l’intérieur du parc et les autres qui défendaient une vision de développement axée sur la diversification d’investissements complémentaires.

Les premiers ont mis sur pied la Coopérative de solidarité du Mont-Orford. Ils ont réussi à regrouper mille membres et à se doter d’un capital de l’ordre de 100 000 $. C’est un effort remarquable qui exprime avec force la valeur sociale des équipements. Les autres ont continué de miser sur les forces du marché.

Une partie du problème vient du fait que la création de la coopérative a été réalisée dans un contexte très politisé. Le maire Rodier s’est beaucoup impliqué dans la valorisation de ce projet et même si l’actuel maire, Pierre Bastien, a appuyé la résolution favorable à la création de la coopérative, il n’est pas pour autant proche de l’organisation.

Avec le passage au plan B, la relance de la station touristique est définitivement passée du côté de l’économie publique. La création du fonds de relance sortait déjà du contexte de l’entreprise privée entièrement autonome et génératrice de profits.

Désormais, après la saison 2010-2011 de la station de ski, même si l’acquisition des installations ne coûte rien, le déficit d’exploitation de plus de un million de dollars devra être assumé par la région. Théoriquement, des exploitants, comme Robert Sudermann ou comme la Coopérative de solidarité pourraient vouloir relever le défi. La marche est trop haute, si on se fie à Charles Désourdy, propriétaire de Ski Bromont.

Il faut prendre conscience du fait que la majorité des stations de ski membres de l’Association des stations de ski du Québec sont gérées par des OSBL, des coopératives ou des municipalités.

Les élus de la MRC auront aussi à faire face au défi de la régionalisation de l’enjeu de la pérennité de la station touristique du Mont-Orford. Les trois municipalités de Magog, d’Eastman et du Canton d’Orford ne pourront pas être les seules à porter le poids financier de cet équipement. Sauront-elles convaincre l’ensemble des municipalités de la MRC de partager les coûts ?

La Chambre de commerce et la ville de Sherbrooke y voient leur intérêt, il y a là un potentiel pour une formule de financement qui intègre l’ensemble de l’Estrie.

Il faudra du temps pour établir un équilibre. Encore faut-il que des instances s’engagent à court terme et qu’elles signent une entente de prise en charge des installations avec le gouvernement.

Le défi des moyens

La MRC de Memphrémagog est une petite organisation gestionnaire de mandats qui découlent des législations gouvernementales dans les domaines de l’aménagement du territoire, de l’environnement, de la sécurité, de la culture, de l’évaluation municipale... Elle ne gère pas de territoires ni d’équipements comme d’autres MRC peuvent le faire avec les parcs régionaux. La MRC n’a pas d’expertise comparable à celle de la gestion d’une station touristique. Le dossier politique de la station touristique a été piloté, à ce jour, par le CLD Memphrémagog sous la présidence de la mairesse de Magog, Vicki May Hamm, avec Pierre Bastien, maire du Canton d’Orford à la vice-présidence. Au mois d’août Mme Hamm a déclenché un bouleversement majeur au CLD en initiant une démarche de rapatriement de mandats du CLD vers la Ville de Magog. Elle a quitté la présidence du CLD et le directeur-général a annoncé sa démission.

On peut difficilement envisager qu’une petite organisation comme le CLD puisse se mobiliser autour d’un enjeu d’envergure dans un tel contexte. D’ailleurs, le dernier communiqué du CLD faisant état de la réorganisation administrative ne fait aucunement mention du dossier du Mont-Orford.

La MRC devra vraisemblablement faire appel à des ressources externes pour préparer un plan d’affaires et un projet d’entente avec le gouvernement. C’est sans compter les évaluations et les dossiers nécessaires pour que les maires qui siègent au conseil de la MRC puissent s’engager en connaissant les impacts financiers sur leurs municipalités.

Parmi les solutions à court terme, la MRC serait bien avisée de chercher à maintenir en place les personnes qui ont l’expérience et les compétences nécessaires au bon fonctionnement de la station touristique. De manière à gagner le temps nécessaire pour prendre des décisions intelligentes, une rallonge du contrat de gestion pourrait être négociée avec Gestion Soroma, comme le gouvernement vient de la faire. Un bon coup, qui rassurerait bien des intervenants, consisterait à négocier un prêt de service avec le MDDEP pour que Brigitte Marchand, qui est passée du rôle de directrice de la station touristique à celui de directrice du parc national du Mont-Orford puisse jouer un rôle stratégique dans la transformation de la structure de gestion.

Le défi d’une stucture de gestion mobilisatrice, viable et dynamique

Principe fondamental en marketing 101 : il en coûte beaucoup plus cher d’acquérir des nouveaux clients que de fidéliser les clients existants. La Coopérative de solidarité du Mont-Orford est la seule organisation à avoir mobilisé la clientèle de la station touristique autour d’un projet de solution. Mille skieurs sont devenus membres et ils ont accumulé un capital de l’ordre de 100 000 $. Quel serait l’impact sur cette clientèle, qui fait partie du noyau dur des skieurs du Mont-Orford et sur son entourage, de leur envoyer le message qu’ils ne font pas partie de la solution ?

Les stations de ski qui sont maintenant du côté de l’économie sociale ont besoin d’être soutenues par une clientèle motivée. Magog-Orford est un lieu de prédilection pour les retraités. Ils disposent de vastes compétences et ils sont disponibles pour apporter leur contribution à des projets qui servent bien leur vision du milieu de vie qu’ils affectionnent. On garde malheureusement l’impression que la MRC a choisi de limiter la participation citoyenne à ce projet aux gens d’affaires.

Il est peu probable que la clientèle régionale se satisfasse d’une gestion privée et opaque de la station touristique avec un mélange de fonds publics et de contributions des milieux d’affaires.

La gestion viable de la station de ski repose sur une très bonne connaissance de la capacité à attirer la clientèle par une offre de services avec un rapport qualité/prix concurrentiel tout en réduisant les dépenses à l’origine du déficit d’exploitation. Vraisemblablement, le chemin le plus court vers la gestion viable passe par la mise à contribution de l’expertise des gestionnaires en place. Ces derniers auront eu trois saisons pour maîtriser tous les aspects de la gestion de la station de ski. La gestion, sous la responsabilité de la SÉPAQ, a été sous-traitée à Gestion Soroma depuis 2008. Cette situation a été conçue pour répondre à des besoins à court terme. La sous-traitance impose des coûts additionnels qui devront être éliminés dans la lutte contre le déficit.

Une gestion dynamique branchée sur les intérêts des différentes clientèles locales et régionales s’impose. La pérennité de la station touristique est loin d’être assurée. Avec la diversification des sports et des activités de plein-air, toutes sortes d’opportunités peuvent se présenter. L’utilisation de la station touristique, dans le respect de la vocation de parc, pourrait évoluer de manière à répondre aux besoins des villégiateurs et des touristes qui sont attirés par la région. Chose certaine, avec le vieillissement de la population et avec le réchauffement climatique, l’offre et la demande dans les domaines des services de loisir et de tourisme n’ont pas fini d’évoluer.

Pourra-t’on réinventer la station touristique Magog-Orford ? L’avenir nous le dira. Encore faudra-t-il survivre à l’échéance des 120 jours du plan B de la MRC de Memphrémagog.

<nuage|>


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