Pour ou contre la fermeture définitive du centre de ski Montjoye ?

Les usagers défendent Montjoye sur Facebook
lundi 25 janvier 2010 par Hubert Simard

Le 7 janvier, en manchette du journal La Tribune, le dossier de la fermeture de la station de ski Montjoye refait surface. La vente au petit prix de 526 500$, en mars 2009, par la Ville de Sherbrooke, n’aura pas suffi à assurer la relance de la station de ski. Le nouveau propriétaire, Serge Couture, également propriétaire de la station de ski du Mont St-Bruno, hésitait entre la vente en pièces détachées des actifs et la relance de l’entreprise. Il aura tout de même investi 1 million de dollars en améliorations.

Montjoye - La Tribune 7 janvier 2010L’annonce de la fermeture définitive au 31 mars est reçue comme un sérieux avertissement par le milieu.

Aussi, cette annonce est étroitement reliée au dossier de la relance de la station de ski du Mont-Orford. En septembre dernier, les quatre propriétaires des stations de ski concurrentes du Mont-Orford, Bromont, Sutton, Montjoye et Owl’s Head rencontraient la ministre Beauchamp (MDDEP), responsable du dossier du Mont-Orford, pour se plaindre de la concurrence déloyale. Le message de Serge Couture était le suivant : « Le gouvernement injecte des sommes considérables dans les infrastructures d’Orford, alors que nous, il faut payer de notre poche ces équipements. Si le gouvernement veut être juste et équitable, qu’il donne l’équivalent en subventions aux autres stations de ce qu’il injecte à Orford. »

Au moment où il annonce la fermeture, il réfléchit à haute voix sur le déplacement de la clientèle vers le Mont-Orford, une contribution à la relance de la station de ski. L’ex-maire Poulin, de son côté, met de l’huile sur le feu en se prononçant publiquement en faveur de la fermeture de Ski Montjoye. « Est-ce qu’on garde le plus petit joueur des deux ou non ? Si le mont Orford récupérait une partie des skieurs de Montjoye dans les prochaines années, on serait capable de le sauver » (La Tribune, 13 janvier).

Le chroniqueur Luc Larochelle de La Tribune évalue la situation de la manière suivante : la fermeture de la station de ski du Mont-Orford pourrait tout autant favoriser Ski Montjoye. Cela lui permettrait d’atteindre son objectif d’augmentation de 25% de l’achalandage qui lui assurerait le niveau de rentabilité recherché. La valeur de revente de la station de ski serait à la hausse.

Pour des raisons d’affaires, Serge Couture ne prendra pas de décision tant que le sort de la station de ski du Mont-Orford ne sera pas réglé.

Le maire du Canton d’Hatley, Pierre Levac, n’a pas beaucoup de marge de manœuvre mais il s’active à la recherche de solutions. Chose certaine, la municipalité de 1 800 citoyens n’a pas les moyens d’acheter le centre de ski. La municipalité, qui est propriétaire d’un terrain voisin de 350 acres est intéressée par la conservation des espaces verts et par les bâtiments qui pourraient servir à des fins municipales. Interrogé à la réunion de la MRC de Memphrémagog (2010-01-20), le maire a exclu la possibilité de demander l’aide de la région, même si celle-ci s’engage dans un soutien à la relance de la station de ski du Mont-Orford. Une reprise de l’aventure négative de la régie intermunicipale de la Station de ski Montjoye n’est pas à l’ordre du jour.

Ski Montjoye en quelques lignes

  • Une des premières stations de ski du Québec fondée en 1947 sous le nom de Hillcrest
  • Au début des années 90, le gouvernement fédéral s’approprie le centre de ski dont les propriétaires étaient associés au trafic de la drogue et au blanchiment d’argent
  • Vente en 1997 à une régie intermunicipale formée des municipalités de Sherbrooke, Magog, Canton de Magog, Eastman, Canton de Hatley, Waterville.
  • Domaine de 145 acres sur le territoire du Canton de Hatley
  • Vendu 526 500$ en mars 2009 par la Ville de Sherbrooke à Serge Couture, propriétaire du Centre de ski du Mont-St-Bruno
  • Clientèle à 70% de Sherbrooke
  • Investissement de plus d’un million de dollars en 2009 (chalet et tapis d’embarquement).
  • Sous la dernière année de gestion par la Ville de Sherbrooke (2008-2009), la station de ski comptait sur 85 000 jours/ski. L’objectif de rentabilité poursuivi par le nouveau proriétaire nécessitait un minimum de 110 000 jours/ski. L’objectif ne sera pas atteint en 2009-2010.
  • Prix de vente : 2,3 millions de dollars.

Contre la fermeture définitive du centre de ski Montjoye : 4 424 adeptes sur Facebook

Quelques jours après l’annonce de la fermeture du centre de ski Montjoye, une page Facebook est apparue sur le web avec le titre « Contre la fermeture définitive du centre de ski Montjoye ».

Première réaction : méfiance. On voit n’importe quoi sur le web et les consultants en marketing rivalisent d’astuces. Le cas du lancement de BIXI à Montréal a été révélateur.

C’est un scénario vraisemblable. On annonce la fermeture pour stimuler la clientèle et on soutient l’intérêt des adeptes de la page Facebook en valorisant les promotions de la station de ski. Ça ne coûte rien et ça a plus d’impact que des annonces dans les journaux.

Sauf que, dans le milieu, on prend au sérieux la menace de fermeture le 31 mars.

Alors, si le propriétaire de la station de ski ne cherche pas à manipuler la clientèle pour augmenter son chiffre d’affaires, se pourrait-il que des jeunes usagers aient pris cette initiative spontanément pour éviter de perdre un des principaux centres d’activité de la région ? Sans organisation pour les encadrer et leur dire quoi faire ?

Ça ressemble à ça, avec les fautes d’orthographe et les excuses pour les fautes d’orthographe. La page est gérée avec sobriété. On invite les gens à partager leurs meilleurs souvenirs, on affiche des articles, un historique et on lance des invitations à participer aux activités de la station de ski.

Au début, aucun des administrateurs de la page ne s’identifie. Après quelques jours, Maxime Fréchette prend la responsabilité de la page. Il a déjà été employé de l’entreprise.

Quelle proportion de ces usagers sont véritablement motivés par l’éventuelle fermeture de la station de ski ? On ne le saura jamais, pas plus que pour n’importe laquelle pétition. Il demeure que la rapidité de l’adhésion et le nombre d’adeptes sont des bons indicateurs de l’intérêt que soulève cet enjeu.

J’essaie de communiquer des informations qui peuvent être d’intérêt pour ce groupe sur le babillard de la page, elles sont supprimées. J’envoie un courriel à Maxime Fréchette pour ouvrir un dialogue.

Surprise ! Je suis reçu avec méfiance. Comme un intrus qui cherche à attirer la clientèle vers le Mont-Orford.

Maxime considère que j’ai un parti-pris pour le Mont-Orford. Il n’est pas intéressé par la relance de la station de ski du Mont-Orford parce que les services ne sont pas abordables et que l’ambiance n’est pas familiale. À l’inverse, c’est ce qui le motive à travailler pour sauver Ski Montjoye.

Étonnant ! Je ne m’attendais pas à ça. Ça m’oblige à réviser mes préjugés.

Une réaction de skieurs contre la tendance à la concentration dans l’industrie du ski

On analyse des chiffres et des grandes tendances. On tire des conclusions sans écouter ce que les gens ont à dire. La clientèle ne suffit plus pour rentabiliser les stations de ski ? La petite station de ski doit fermer et la clientèle n’aura qu’à se déplacer vers la grande pour que celle-ci redevienne rentable.

En plus du réchauffement climatique et du vieillissement de la population, l’industrie du ski fait face à une réaction de la clientèle. À force de stimuler la concurrence vers la performance des installations et vers le confort des usagers en plus de la vente à pression de multiples services, le sport devient de plus en plus inaccessible. Le ski est devenu un sport de riches, ce qu’il n’était pas à l’origine.

La réaction se fait sentir un peu partout. Des américains ont même écrit un livre en réaction contre la main-mise des trois multinationales du ski qui concentrent la pratique du ski à l’intérieur de villages de ski fabriqués de toute pièce de manière à contrôler l’ensemble de l’activité commerciale. Le Mont-Tremblant d’Intrawest est l’exemple de cette tendance au Québec. En plus de la question environnementale, la réaction contre le retrait du domaine skiable du Mont-Orford du Parc national du Mont-Orford pour faciliter le développement immobilier fait partie de ce mouvement de résistance à la main-mise de promoteurs sur ce patrimoine populaire.

Aussi l’industrie du ski investit dans des programmes d’initiation pour attirer une nouvelle clientèle et pour faciliter la rétention des adeptes de sport de glisse qui vont remplacer les baby boomers. Ski MontJoye forme des nouveaux skieurs qui, dans une certaine proportion, seront attirés par des stations de ski d’envergure. Les skieurs de Montjoye qui se déplaceront vers le Mont-Orford ne seront probablement pas remplacés par une nouvelle génération si Montjoye est fermé.

En ce sens la réaction des jeunes contre la fermeture de SkiMontjoye est très saine. Il y a beaucoup plus dans ce mouvement que la frustration devant la perspective de perdre un service commercial. Pour beaucoup de ces personnes, c’est un lieu familial d’apprentissage et de pratique d’un sport de plein-air en hiver. L’accessibilité financière et locale à ce sport fait toute la différence. Pour les jeunes, c’est aussi un centre communautaire et un lieu de socialisation auquel ils sont attachés.

Les résidents de la région ont intérêt à y penser à deux fois avant de laisser fermer ce patrimoine local. Si les jeunes n’ont plus de lieu privilégié pour se rencontrer et pour pratiquer leurs activités de plein-air, ils les chercheront ailleurs et les familles s’installeront ailleurs. Les résidences perdront de la valeur. Ce sera un appauvrissement, excusez... un facteur de dévitalisation dans le langage politiquement correct.

La Ville de Magog se mobilise pour un investissement dans des plateaux sportifs avec la commission scolaire. Un organisme à but non lucratif gérera les installations, une fondation travaillera au financement... Il y a d’autres modèles que la régie intermunicipale.


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